La logistique frigorifique est-elle vraiment durable ?

La logistique frigorifique consomme beaucoup d’énergie. Ce n’est un secret pour personne, et cela ne changera pas. La vraie question n’est donc pas de savoir si elle consomme de l’énergie, mais comment utiliser cette énergie de manière efficace et dans quelle mesure il est possible de réduire son impact écologique.

La réponse courte : la logistique frigorifique est par nature énergivore, mais son empreinte n’est pas figée. Presque chaque élément de l’équation, de l’aménagement d’entrepôt à l’itinéraire de transport, offre une marge d’amélioration. Une logistique frigorifique durable existe donc bel et bien. Simplement, elle ne va pas de soi. C’est une question de choix.

Ce qui distingue une chaîne du froid dispendieuse d’une chaîne efficace, c’est de moins en moins le froid lui-même et de plus en plus la manière dont on le gère activement. Là où les installations frigorifiques étaient autrefois réglées de façon plutôt statique, le secteur ajuste aujourd’hui en continu sur la base de données en temps réel. C’est précisément là que se situent les leviers.

Cold chain truck from WSC driving through the woods

Pourquoi l’empreinte énergétique du stockage frigorifique est-elle si importante ?

Un entrepôt classique permet de conserver les produits au sec et à l’abri. Une chambre froide doit rester en permanence sous les -18 °C, quelles que soient les conditions météorologiques extérieures, la fréquence d’ouverture des portes ou le niveau de remplissage de la chambre. Les compresseurs ne s’arrêtent jamais, pas même la nuit ou le week-end. Chaque fois qu’une porte s’ouvre, de l’air chaud pénètre à l’intérieur et doit être évacué. Et comme une rupture de la chaîne du froid compromet la sécurité des produits, des systèmes de secours fonctionnent en permanence.

Résultat : un entrepôt frigorifique consomme facilement jusqu’à 6 fois plus d’énergie qu’un bâtiment logistique à température ambiante ordinaire. La majeure partie de cette énergie est consacrée à la réfrigération elle-même, qui représente 70 à 80 % de la consommation électrique totale.

Où se situent les gains dans l’équation énergétique ?

Les besoins énergétiques des entrepôts frigorifiques ne disparaissent pas, mais il existe de nombreuses façons de les gérer plus intelligemment. Cinq leviers font la différence.

1. Aménagement d’entrepôt et isolation

La qualité de l’isolation d’une chambre froide détermine en grande partie la quantité d’énergie nécessaire pour maintenir la température. Les entrepôts frigorifiques modernes utilisent des panneaux sandwich de haute qualité, des portes thermiques et des systèmes de sas intelligents qui minimisent les pertes de chaleur lors des passages. Une chambre froide bien conçue consomme tout simplement moins d’énergie qu’une infrastructure obsolète, même à capacité égale.

2. Superviser intelligemment la consommation d’énergie

La gestion de l’énergie en logistique frigorifique commence par une bonne compréhension des données. Grâce au suivi en temps réel des températures, de la consommation par zone et de la charge des compresseurs, on repère rapidement les anomalies. Une grande partie des pertes d’énergie dans les entrepôts frigorifiques provient de petites fuites, de systèmes mal réglés ou de cycles de refroidissement inefficaces, autant de problèmes qui restent invisibles sans les bonnes données.

Un exemple concret : une régulation de dégivrage adaptative, basée sur la mesure de différence de pression plutôt que sur des minuteries fixes, peut réduire de 20 à 30 % la consommation d’énergie pendant les cycles de dégivrage.

La visibilité seule ne suffit pas : il faut aussi agir. Chez WSC, nous nous attaquons donc à l’une des plus grandes pertes d’énergie cachées : le temps pendant lequel un quai de chargement reste ouvert. Les camions réservent un créneau à l’avance, mais dans la pratique ils arrivent souvent plus tôt ou plus tard. C’est pourquoi nos opérateurs n’ouvrent jamais un quai sur la base de l’heure d’arrivée théorique convenue, mais uniquement lorsque le camion est effectivement à quai. Et dès qu’il repart, le quai se referme immédiatement. Des alertes électroniques viennent soutenir ce processus. Chaque minute pendant laquelle un quai reste fermé, c’est de l’énergie que l’installation frigorifique n’a pas à compenser.

3. Taux de remplissage et planification des itinéraires

Une chambre froide à moitié pleine ne coûte pas moitié moins cher qu’une chambre pleine. Le coût énergétique fixe reste quasiment identique, quelle que soit la quantité de produits stockés. Pire encore : la part variable augmente de façon disproportionnée en cas de sous-occupation, car plus il y a d’espace vide, plus le refroidissement doit travailler dur pour maintenir une température stable. Une chambre pleine conserve bien mieux le froid. C’est ce qui rend une rotation des stocks efficace et un bon taux de remplissage essentiels, non seulement pour les coûts mais aussi pour l’empreinte CO2 par palette. Il en va de même pour le transport : un camion frigorifique à moitié plein n’est jamais une solution durable.

La clé réside dans la consolidation des chargements de différents clients vers une même destination, une planification des itinéraires qui tient compte de la capacité de chargement et des fenêtres de livraison, et des prévisions de demande précises pour optimiser les niveaux de stock.

Chez WSC, nous abordons cela de deux manières. Grâce à une étude de réseau, nous déterminons pour chaque client l’emplacement géographiquement optimal pour le stockage, afin de réduire au maximum les kilomètres à parcourir par la suite. Le taux de remplissage des camions, lui, est optimisé à l’aide d’outils de planification spécialisés qui tracent les tournées, maximisent le chargement et, lorsque c’est possible, combinent plusieurs clients dans un même véhicule. Nous évitons ainsi les véhicules vides ou à moitié pleins sur la route.

4. Énergie renouvelable

Un nombre croissant d’acteurs logistiques installent des panneaux solaires sur les toits de leurs entrepôts pour couvrir une partie de leurs besoins énergétiques de façon verte. Chez WSC, nous allons loin dans cette démarche : tous nos bâtiments sont équipés de panneaux solaires, complétés sur certains sites par des éoliennes.

Pour exploiter cette énergie verte de la manière la plus optimale possible, nous utilisons en plus des batteries sur nos sites. Les panneaux solaires produisent en effet lorsque le soleil brille, pas nécessairement au moment des pics de consommation. Le stockage par batteries nous permet de mettre en tampon l’énergie que nous produisons nous-mêmes et de l’utiliser au moment où l’installation frigorifique en a besoin, plutôt que de devoir l’injecter immédiatement sur le réseau. Nous tirons ainsi le maximum de chaque kilowattheure que nous produisons.

5. Un transport plus intelligent

L’entrepôt n’est qu’un maillon. Le transport frigorifique est au moins aussi déterminant pour la durabilité globale. Les camions frigorifiques roulent au diesel, et le système de réfrigération de la remorque, appelé Transport Refrigeration Unit (TRU), fonctionne avec son propre moteur diesel, indépendant du véhicule. Les véhicules équipés d’une TRU émettent de ce fait environ 15 % de CO2 en plus que les camions standard, et leurs émissions d’oxydes d’azote peuvent être jusqu’à 18 % plus élevées. L’électrification des remorques frigorifiques est en plein développement, mais ce pas vers le verdissement reste lent dans la plupart des entreprises. Chez WSC, nous accentuons la pression en investissant pleinement dans le transport durable et le verdissement de notre flotte de véhicules.

Ce qui fait déjà la différence aujourd’hui :

  • L’optimisation des itinéraires réduit le nombre de kilomètres, et donc à la fois la consommation de carburant et les émissions. Les systèmes de planification intelligents tiennent compte de la capacité de chargement, des fenêtres de livraison et des flux de circulation.
  • La consolidation des chargements est le moyen le plus direct de réduire les émissions par palette. Moins de camions bien remplis sur la route, c’est moins de véhicules nécessaires pour le même flux de volume. Chez WSC, nous visons un taux de remplissage entre 90 et 100 %, selon le type de transport de distribution.
  • La proximité de plateformes multimodales joue également un rôle. Weerts Supply Chain positionne délibérément ses entrepôts à proximité de terminaux ferroviaires et de voies de transport fluvial, afin que les clients puissent plus facilement recourir à des alternatives au transport routier traditionnel. Grâce à l’implantation stratégique de sites à Liège, dans le Hainaut et dans le Limbourg, WSC raccourcit la distance moyenne de transport jusqu’aux détaillants et aux points finaux, ce qui a un impact direct sur le bilan CO2 de la chaîne.

La pression s’accentue de toute façon : les normes européennes révisées en matière de CO2 pour les véhicules lourds, inscrites dans la loi en 2024, imposent une réduction moyenne des émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030, 65 % d’ici 2035 et 90 % d’ici 2040.

Sécurité alimentaire et durabilité : pas une contradiction

Dans le stockage frigorifique, sécurité alimentaire et durabilité vont inévitablement de pair. Les économies d’énergie ne doivent jamais se faire au détriment de la maîtrise de la température, mais les systèmes modernes montrent que les deux sont parfaitement conciliables.

Les compresseurs frigorifiques intelligents adaptent leur capacité en continu aux besoins réels, au lieu de tourner en permanence à pleine puissance. Cela génère des économies sans aucun compromis sur la sécurité alimentaire.

De plus, la préservation de la qualité est en soi une forme de durabilité. Chaque palette perdue à cause de fluctuations de température n’est pas seulement une perte financière, mais aussi de l’énergie, de l’eau et des matières premières gaspillées. La palette la plus durable est celle qui parvient intacte au client final.

Et puis, il y a le reporting

Pour les marques et les distributeurs, il y a encore une raison d’y prêter attention : vous devrez de plus en plus souvent en rendre compte. Depuis l’entrée en vigueur de la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), de plus en plus d’entreprises doivent recenser leurs émissions de scope 3, y compris celles de leurs partenaires logistiques.

Pour les entreprises de l’agroalimentaire et des boissons, ce n’est pas un détail : le scope 3 peut représenter jusqu’à 80 à 90 % de l’impact climatique total.

Votre partenaire logistique devient ainsi codé terminant pour vos propres chiffres. Un partenaire qui connaît sa consommation d’énergie, sait l’ajuster et peut fournir des données d’émissions fiables rend votre reporting plus simple et plus crédible.

Chez WSC, nous cartographions donc systématiquement notre propre empreinte CO2, ventilée par catégorie. Cet exercice révèle immédiatement où se situent les plus grands leviers.

Grafiek die de relatieve verdeling van de totale voetafdruk bij Weerts Supply Chain weergeeft. Deze data komt uit een voorbeeld van eigen metingen.

Ce qui ressort : la logistique et le transport représentent ensemble de loin la plus grande part de l’empreinte. C’est précisément pour cela que nous nous concentrons sur des itinéraires plus intelligents, un taux de remplissage plus élevé et le verdissement de la flotte. Ce sont aussi exactement les données dont nous avons besoin pour rendre nos activités plus durables avec nos clients, de façon ciblée plutôt qu’au feeling.

La logistique frigorifique : plus durable qu’il n’y paraît, mais pas spontanément

L’empreinte énergétique du stockage frigorifique est bien réelle. Mais elle n’a rien d’inéluctable. Chaque élément de l’équation, l’aménagement d’entrepôt, la source d’énergie, le taux de remplissage, les itinéraires de transport, la gestion de la température, offre une marge de progression.

Pour les marques et les distributeurs du secteur alimentaire, le choix d’un partenaire logistique est à cet égard codé terminant. Travailler avec un partenaire qui connaît sa consommation d’énergie, l’ajuste et communique en toute transparence rend ses propres ambitions de durabilité plus crédibles.

La logistique frigorifique ne doit pas être le maillon faible d’une supply chain durable. Mais elle n’y échappe qu’à condition de s’en occuper en toute conscience.

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